Jean Pruvost « «Nouvelle-France», «Canada», «Québec» : parcours lexicographique du Grand Siècle au siècle des philosophes », Les dictionnaires de la langue française au Québec, 2008, p. 161-198.
L’auteur, Jean Pruvost, présente tout d’abord les premières attestations des mots nouvelle France, Canada et Québec telles qu’elles sont apparues dans les ouvrages des premiers lexicographes de France. Pour ce faire, il propose de parcourir les trois dictionnaires monolingues français du XVIIe siècle, ensuite ceux de la première moitié du XVIIIe siècle et finalement l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Par la suite, il présente les différentes rubriques auxquelles sont rattachées les références faites à la Nouvelle-France et au Canada et conclut par la présentation du Diction(n)aire critique de Féraud et des dictionnaires de W. Duckett.
Premières attestations
Il n’est pas encore question de nouvelle France ou de Canada au XVIe siècle, mais l’auteur s’attarde à la perception de la France dans l’ouvrage Épithètes françoises de Maurice De La Porte de 1571. Ce dictionnaire propose pour le mot France des épithètes tels que Perle du monde, féconde, invincible, généreuse, etc.
Jean Pruvost désigne les dictionnaires monolingues français du XVIIe siècle la « trinité fondatrice » de la lexicographie (p. 166). Les mots nouvelle France et Canada ne font pas l’objet d’articles dans ces ouvrages, on les retrouve plutôt à quelques reprises dans des descriptions. Ces trois dictionnaires sont :
1- Le Dictionnaire françois de Richelet (1680)
Les seules références à la Nouvelle-France ou au Canada sont présentes dans les définitions des mots canot et radeau. Ces deux embarcations sont utilisées par les Indiens qui, on suppose, viennent d’Amérique « septentrionale ».
2- Le Diction(n)aire universel de Furetière (1690)
Le mot Nouvelle-France est toujours absent dans cet ouvrage. Par contre, nouveau Monde, Amérique et Canada y font leur apparition ainsi que Québec comme ville et région.
3- La première édition du Dictionnaire de l’Académie françoise (1694)
Ce dictionnaire fait référence à la nouvelle France, mais davantage au Canada.
La présence de la Nouvelle-France est certes attestée dans ces trois dictionnaires, mais c’est le terme Canada qui s’y retrouve le plus souvent.
Dans la première moitié du XVIIIe siècle, trois dictionnaires sont parus :
1- Le Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Leroux (1718)
La Nouvelle-France n’y est attestée que pour parler du peuple iroquois.
2- Le Grand Dictionnaire géographique historique et critique d’Auguste Bruzen de la Martinière.
L’article Amérique témoigne que le Nouveau Monde fait maintenant partie des découvertes recensées. Très détaillé, cet article distingue « ce que l’Amérique septentrionale contient, ce que les Terres arctiques contiennent, ce que la Nouvelle-France contient et ce que le Canada comprend » (p. 172).
3- Le Dictionnaire universel françois et latin (ou Dictionnaire de Trévoux) (1732)
En plus des descriptions, ce dictionnaire offre la traduction latine de certaines réalités de la Nouvelle-France. On retrouve dans les articles les références nouvelle France, Amérique, Canada, Québec et Mont-Réal y fait son apparition.
Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’est accordée une plus grande place à la Nouvelle-France et c’est dans les pages de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772). C’est la grande entrée de la Nouvelle-France dans les ouvrages de référence. On y retrouve 90 occurrences pour la Nouvelle-France, 190 occurrences pour le Canada et 9 occurrences pour le Québec. Par contre, même si la Nouvelle-France est maintenant une entité politique définie, les Français s’intéressent davantage aux Canadiens (les « sauvages » du Canada) qu’aux Français du Canada.
Répartition des références à la Nouvelle-France et au Canada
Les thèmes principaux faisant référence à la Nouvelle-France se regroupent en 13 rubriques : la géographie, les noms de peuples et peuplades, les « sauvages », la nature, le climat, la religion, les traditions, les animaux, les plantes, les produits alimentaires, les produits médicaux, le commerce et les transports. L’Encyclopédie est davantage consultée pour connaître les différents usages des mots plutôt que pour connaître la bonne description de l’usage de la langue française. La Nouvelle-France intéressait les Français d’abord pour des questions géographiques et ethnologiques.
Diction(n)aire critique de la langue française de l’abbé Féraud (1787)
Si le mot France est absent de ce dictionnaire, il en est de même pour nouvelle France et Nouvelle-France. Féraud, qui est un critique de la langue, s’attarde aux prépositions qui précèdent le mot Canada (en, de, du).
Dictionnaire de la conversation, à l’usage des dames et des jeunes personnes, complément nécessaire de toute bonne éducation et Dictionnaire de la conversation et de la lecture de W. Duckett (1841)
Ces dictionnaires font état, pour la première fois, de la perte de la Nouvelle-France pour le compte des Anglais. Les Français regrettent le peu d’attention qu’ils ont accordé à leurs cousins de la Nouvelle-France.
samedi 19 septembre 2009
Résumé de lecture 2
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