dimanche 13 décembre 2009

Voici le titre de l'étude que j'ai produite comme travail final dans le cadre du cours Lexicologie et lexicographie de Mme Gabrielle Saint-Yves:

« La prise en compte des québécismes et des réalités québécoises
dans Le Nouveau petit Robert de la langue française 2008
[version électronique]
et le traitement de leurs particularités ».

Cette analyse m'a également permis de faire la présentation de certaines fonctionnalités exclusives à la version électronique du Nouveau petit Robert et ce, dans une perspective québécoise.

Voici les ouvrages de référence qui ont été utilisés pour l'élaboration de cette étude:

Cajolet-Laganière, Hélène (2008). « Pertinence de la prise en compte de la variation dans les outils de référence », La langue française dans sa diversité. Actes du colloque tenu les 21, 22 et 23 septembre 2008 à Montréal, sous la direction de Gisèle Delage. Montréal : Secrétariat à la politique linguistique, en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française et l’Office québécois de la langue française, p. 149-167.

Corbeil, Jean-Claude (1986). Langues et usage des langues : recueil de textes. Québec [province] : Conseil de la langue française, 154 p. (Collection : Notes et documents 50).

École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal (sans date) [site web]. Consulté le 29 novembre et le 9 décembre 2009.
http://www.ebsi.umontreal.ca/

Galarneau, Annie; Vézina, Robert (2004). Réflexions et pratiques relatives à la variation topolectale en terminologie. Québec [province] : Office québécois de la langue française, 26 p.

Laforest, Marty (1997). États d’âme, états de langue : essai sur le français parlé au Québec. Québec : Nuit blanche éditeur, 143 p.

Lehmann, Alise; Martin-Berthet, Françoise (2008). Introduction à la lexicologie : sémantique et morphologie, 3e édition. Paris : Armand Colin, 261 p.

Le nouveau petit Robert de la langue française 2008 (2007) [CD-ROM]. [Paris] : Dictionnaires Le Robert.

Office québécois de la langue française (sans date) [site web]. Consulté le 29 novembre 2009.
http://www.olf.gouv.qc.ca/

Poirier, Claude (2008). « Perception et évaluation de la variation linguistique au Québec : locuteurs vs planificateurs », La langue française dans sa diversité. Actes du colloque tenu les 21, 22 et 23 septembre 2008 à Montréal, sous la direction de Gisèle Delage. Montréal : Secrétariat à la politique linguistique, en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française et l’Office québécois de la langue française, p. 95-96.

Poisson, Esther (2002). « Français en usage au Québec et dictionnaire », dans Claude Verreault, Louis Mercier et Thomas Lavoie (2002), Le français, une langue à apprivoiser . Textes des conférences prononcées au Musée de la civilisation (Québec, 2000-2001) dans le cadre de l’exposition « Une grande langue : le français dans tous ses états ». Québec : Les Presses de l’Université Laval, p. 93‑111.

Remysen, Wim (2009). « L’emploi des termes canadianismes et québécismes dans les chroniques de langage canadiennes-françaises », dans France Martineau [et al.] (2009), Le français d’ici : études linguistiques et sociolinguistiques sur la variation du français au Québec et en Ontario. Toronto : Éditions du GREF, p. 207-231. (Collection Theoria no 13).

Rey-Debove, Josette (1971). Étude linguistique et sémiotique des dictionnaires français contemporains, The Hague; Paris : Mouton, 329 p.

Villers, Marie-Éva de (2009). Multidictionnaire de la langue française, 5e édition. Montréal : Québec Amérique, 1707 p.

mercredi 28 octobre 2009

Travail lexicographique

Construction d'un article de dictionnaire pour le mot désâmer selon la maquette du Dictionnaire historique du français québécois.
SéminaireDésâmer.docx
DÉSÂMER [dezɒme] v. tr. et pron. réfl.

I. 1. v. tr. [1909, Le parler populaire des Canadiens Français, Québec]. Fam. et vieilli. Faire mourir; enlever la vie, l’âme. Elle a été désâmée. Désâmer la ville.


[…] Elle se laissa galanter, décoiffer,
déplumer, désâmer. 1983, M. –A. Boucher
et D. Mativat, Concombres, p. 128.

Moderniser le centre-ville sans le
«désâmer». 2007, A. Geoffrion-McInnis,
Le journal de Saint-Bruno.

2. Disparu Détruire, mettre en pièces. Désâmer un jouet. SYN. casser. Cour. briser

A jouer aussi rudement, cet enfant va désâmer son jouet.
1909, Bulletin du parler français au Canada,
publié par la Société du parler français au Canada.


◊ 3. Vieilli S’investir totalement, souvent en vain (négatif).


Pour attirer la clientèle canadienne-française,
[…], les marchands juifs se désâment
en annonces ridicules dans les journaux
et à la radio, […]. 1931, Le Goglu, 13 nov., p. 8.

J’aurais cru que Carole m’aurait ressemblé,
mais non, elle tient trop de sa mère.
J’ai beau me désâmer pour elle,
ça la rend pire encore. 1973, A. Major, Désir, p. 62.

4. Vieilli Déprimer. D’y aller me désâme.

[…] Peut-être qu’elle est malade,
c’est possible, mais faut pas se désâmer
pour ça. Demain, ça sera oublié.
C’est rien, tout ça, à côté d’avoir des enfants…
1961, H. Bernard, Jours, p. 175.

◊ Par ext. et vieilli Se morfondre, se languir. Je me désâme de l’attendre. «Croyez-vous qu’il y a pas de quoi se désâmer quand je suis tout seul dans mon petit coin éloigné du monde?». (M. Dionne et C. Bellavance (collectionneurs), Archives de folklore, Portneuf, 1966).

5. Vieilli. Exaspérer qqn, pousser à bout. SYN. irriter.

[…] C’est plus fort que moi, ça me désâme
de l’entendre pleurer en r’nifflant.
1961, É. Coderre, Jean Narrache, p. 79.

II. 1. v. pron. réfl. Fam. et vieilli. Faire beaucoup d’efforts (à s’arracher l’âme), se donner beaucoup de mal, dépenser beaucoup d’énergie, travailler dur. Se désâmer pour le public. Il ne faut pas trop se désâmer. Se désâmer pour réussir. La femme se désâme pour ses enfants. Elle veut se désâmer. Par ext. S’épuiser, s’échiner, se tuer à la tâche. SYN. se donner, se sacrifier. Fam. se décarcasser; Vulg. se chier; Très fam. se fendre. Par ext. mourir. Pop. se fendre en quatre, s’arracher le cœur. Rem. De nos jours, se désâmer n’est plus beaucoup en usage dans la langue courante, bien que ces derniers sens soient bien connus.

[…] le père Dufour qui s’est tant désâmé
pour faire instruire son garçon […]. 1919, Le terroir, p. 16.

[…] de François Auger, député au Parlement de Québec,
«qui se désâme tant pour les gens du comté».
1938, Ringuet, Trente arpents, p. 65-66.

[…] vous avez beau travailler,
vous désâmer, vous n’arrivez jamais à rien.
1942, A. Laberge, Fin du voyage, p. 196.

[…] À quoi ça sert de s’désâmer à travailler? […].
1961, H. Bernard, Jours, p. 116-117.

Je me désâme à vous l’expliquer.
1993, P. Poirier, Le glossaire acadien, p. 151.

2. Fam. et vieilli Hurler; s’exprimer très fort. Le bébé se désâmait. Elle se désâmait à l’appeler. SYN. crier, s’époumoner, s’égosiller.

[…] trois Mexicains […] ils ajustent le micro,
se présentent avec un accent de pacotille,
LOS TRES CHIHUAHUAS, et ça y est,
commencent à se désâmer, gueules de travers,
dzing! dzong! leurs guitares […].
1972, G. La Rocque, Boue, p. 63-64.

HIST. Attestation de desesmer, verbe ancien dans le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle, F. Godefroy, Paris, 1883, p. 580. Disparu Mépriser. «Et qu’il n’an soient desamey.» (J. de Priorat, Liv. de Vegece, Richel., 1604, 1o 10e). «Li murs qui per terre est fermez ne puet pes estre desamez» (Id., ib., 1o 58e). Il semble que le sens de ce dernier exemple serait plutôt «briser» que «mépriser». Le préfixe dés- signifie «la privation». Ce serait donc «la privation de l’âme». Attestation de désaimer v. tr. «cesser d’aimer». Je l’ai aimé et désaimé dans le Dictionnaire de l’Académie française, 8e édition, 1932-1935, p. 1:379. Ces deux verbes ont des sens semblables. Desesmer et désaimer avait une connotation négative, tout comme pour le verbe québécois désâmer. Le Französisches etymologisches wörterbuch (FEW), 1948, vol. 1, p. 45-46, définit également desesmer par «mépriser». Il y est expliqué que le mot eme signifie «âme», «intelligence» (attesté dans la région du Poitou). Dans Le glossaire acadien, P. Poirier, Moncton, 1993, p. 151), se retrouve le mot désâmer dans le sens de «faire des efforts à s’arracher l’âme». De plus, il y est précisé que «l’expression est aussi en usage parmi les Canadiens» sous la forme desheaulmer. Il y est prétendu que désâmer est peut-être une corruption de desheaulmer, «arracher le heaulme», heaulme étant «un grand casque». C’est le seul ouvrage qui fait cette filiation et qui témoigne de la présence de ce mot en Acadie. Les attestations françaises du verbe désâmer ont le sens de «mépriser». Ce sens n’est pas démontré au Québec. Rem. Quelques précisions concernant l’adjectif désâmé, même s’il ne fait pas l’objet de l’article. Les sens donnés pour l’ancien adjectif français désâmé se retrouvent dans les définitions du verbe désâmer ou se désâmer. La graphie desaimé est également présente dans le FEW pour l’adjectif, définit par «qui a perdu l’âme». L’adjectif desesmé est présent dans le Dictionnaire historique de l’ancien langage françois ou glossaire de la langue françoise depuis son origine jusqu’au siècle de Louis XIV, La Curne de Sainte-Palaye, Paris, 1878, p. 115. Il est défini par «épuisé». Ce mot est formé de des privatif, et de amé. [«…] Quand tous les diables «devroient saisir ces ames desesmées de faim.» (Contes de Chol. fol. 32, Ro.) [(Cholières, 1re matinée 1535)]. L’adjectif désâmé est également présent dans Matériaux pour l’histoire du vocable français : datations et documents lexicographiques, B. Quemada, Paris, 1971. «Il a fui, emportant mon cœur / Et me voilà tout désamé : / Si je retrouve mon aimé, / Je veux lui dévorer le cœur», Fagus, La danse macabre, Paris, 1920. Il est à noter que Fagus (Eugène Faillet) est un Belge. Le québécisme désâmer serait un archaïsme de statut, car il n’est attesté que dans les dictionnaires anciens. Par ailleurs, son usage au Québec est considéré comme vieilli, mais le verbe est assez connu (il fait, entre autres, l’objet de tableaux de conjugaison).


N.B. Veuillez noter que certains symboles ne se retrouvent pas sur le blog; c'est le cas du losange plein (sens principaux), des flèches (synonymes québécois) et du carré noir (partie historique). Par ailleurs, les citations des sens principaux n'ont pas la bonne justification horizontale. Quant à la dimension et au choix de la police, ce ne sont pas toujours les bons.

mardi 13 octobre 2009

Stage au TLFQ

Aujourd'hui a eu lieu le stage au TLFQ à l'Université Laval (Ste-Foy) pour les étudiantes de la maîtrise en linguistique.

Ce fut un réel plaisir pour moi de faire la connaissance de M. Claude Poirier, lexicographe. Cet homme m'a impressionné par son discours et sa personnalité. Quelle belle rencontre!

Le stage, beaucoup trop court à mon goût, m'a donné la chance de fouiller dans de très vieux dictionnaires (un passé de documentaliste et d'archiviste me suit) et m'a donné l'occasion d'explorer davantage ce sujet que j'affectionne, l'histoire des mots.

dimanche 4 octobre 2009

Travail pratique 1.

Comparaison du traitement des mots femme et homme dans trois dictionnaires de langue française

Synthèse

Des lexicographes différents, des objectifs différents et des époques différentes; il en résultera des dictionnaires différents. Chacun des dictionnaires étudiés fait référence à l’histoire à divers degrés et est représentatif de son temps, tant dans le choix de ses entrées, de ses définitions ou de ses exemples. Mais qu’en est-il pour le traitement des mots femme et homme dans les ouvrages Dictionnaire de l’Académie française, Le Petit Robert et Le Dictionnaire du français plus à l’usage des francophones d’Amérique?

Tout d’abord, ce qui est frappant est la définition du mot femme du Dictionnaire de l’Académie. La femme n’y est pas définie comme dans les dictionnaires contemporains, c’est-à-dire comme «un membre féminin de l’humanité»; elle y est plutôt décrite comme étant «la femelle de l’homme» ou encore comme «une personne mariée». Cette façon de voir la femme implique qu’elle n’existe que parce que l’homme existe. Il est vrai qu’au XVIIIe siècle, les devoirs de la femme dépassaient parfois ses droits. Le Dictionnaire de l’Académie n’atteste donc pas que la femme soit un membre du genre humain.

De plus, un autre aspect marquant de ce dictionnaire est la référence à la religion. Que ce soit dans l’article femme ou dans l’article homme, il est évident que la religion avait une place prépondérante à cette époque. C’est donc dans le dictionnaire Le Robert et dans le DFP que toutes les formes du mot femme sont représentées, en plus d’être davantage d’actualité. Les deux ouvrages définissent la femme comme «un membre féminin de l’humanité» et comme «épouse», en plus de la mettre en opposition à homme et à fille.

Puis, en ce qui concerne le mot homme, les différences entre les trois dictionnaires sont un peu moindres. Ils s’entendent tous pour définir l’homme comme étant «l’espèce humaine» et aussi comme «un membre masculin de l’humanité». Le concept d’homme a donc peu évolué au cours des siècles. La longueur des articles homme comparativement aux articles femme est, elle aussi, semblable d’un dictionnaire à un autre. Les trois proposent davantage d’explications pour homme. Le fait que homme soit considéré comme «l’espèce humaine entière» et non seulement un de ses membres permet aux lexicographes de définir aussi «l’être humain». De plus, homme a contribué à la formation d’un nombre plus élevé de mots composés que femme. Ces mots faisant souvent référence à la profession ou au statut social implique qu’historiquement, il est normal qu’il en dérive principalement du mot homme.

Conséquemment, il n’est pas possible d’affirmer que les définitions femme/homme soient entièrement équivalentes. Une certaine partie l’est, mais le mot homme possède un sens plus large, plus englobant. Les dictionnaires contemporains offrent, par ailleurs, des définitions beaucoup mieux adaptées à notre réalité ainsi que des exemples et expressions beaucoup plus actuels.

Du reste, c’est le Dictionnaire de l’Académie qui a le plus tendance à mythifier l’image de la femme et de l’homme. En affirmant, par exemple, que «les femmes sont naturellement timide», que «Dieu tira la femme de la côte d’Adam», et que «tous les hommes ont péché en Adam», il est difficile d’imaginer une «femme de tête» ou de comprendre le cycle de l’évolution humaine. Ces affirmations entretiennent davantage de mythes tandis qu’une définition plus rationnelle et constituée de faits prouvés permet aux lecteurs de se faire une idée plus éclairée du sujet étudié.

Enfin, aucune expression québécoise n’est présente dans les trois dictionnaires. Il n’en demeure pas moins que les définitions offertes traduisent très bien les réalités québécoises. Cependant, il aurait été intéressant de retrouver, du moins dans le DFP, une quelconque référence au Québec.

Les trois dictionnaires consultés

Dictionnaire de l’Académie française, quatrième édition, version informatisée, collab. ATILF/Académie française, 1762.
Voici le lien : http://atilf.atilf.fr/academie4.htm

Dictionnaire du français plus à l’usage des francophones d’Amérique, rédacteur principal : Claude Poirier, avec le concours de Louis Mercier et Claude Verreault, Montréal, Centre éducatif et culturel inc., 1988, 1856 p.

Petit Robert (Le). Dictionnaire de la langue française, [cédérom], (2009). Paris, Dictionnaires Le Robert.

samedi 19 septembre 2009

Résumé de lecture 2

Jean Pruvost « «Nouvelle-France», «Canada», «Québec» : parcours lexicographique du Grand Siècle au siècle des philosophes », Les dictionnaires de la langue française au Québec, 2008, p. 161-198.

L’auteur, Jean Pruvost, présente tout d’abord les premières attestations des mots nouvelle France, Canada et Québec telles qu’elles sont apparues dans les ouvrages des premiers lexicographes de France. Pour ce faire, il propose de parcourir les trois dictionnaires monolingues français du XVIIe siècle, ensuite ceux de la première moitié du XVIIIe siècle et finalement l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Par la suite, il présente les différentes rubriques auxquelles sont rattachées les références faites à la Nouvelle-France et au Canada et conclut par la présentation du Diction(n)aire critique de Féraud et des dictionnaires de W. Duckett.

Premières attestations

Il n’est pas encore question de nouvelle France ou de Canada au XVIe siècle, mais l’auteur s’attarde à la perception de la France dans l’ouvrage Épithètes françoises de Maurice De La Porte de 1571. Ce dictionnaire propose pour le mot France des épithètes tels que Perle du monde, féconde, invincible, généreuse, etc.

Jean Pruvost désigne les dictionnaires monolingues français du XVIIe siècle la « trinité fondatrice » de la lexicographie (p. 166). Les mots nouvelle France et Canada ne font pas l’objet d’articles dans ces ouvrages, on les retrouve plutôt à quelques reprises dans des descriptions. Ces trois dictionnaires sont :

1- Le Dictionnaire françois de Richelet (1680)
Les seules références à la Nouvelle-France ou au Canada sont présentes dans les définitions des mots canot et radeau. Ces deux embarcations sont utilisées par les Indiens qui, on suppose, viennent d’Amérique « septentrionale ».

2- Le Diction(n)aire universel de Furetière (1690)
Le mot Nouvelle-France est toujours absent dans cet ouvrage. Par contre, nouveau Monde, Amérique et Canada y font leur apparition ainsi que Québec comme ville et région.

3- La première édition du Dictionnaire de l’Académie françoise (1694)
Ce dictionnaire fait référence à la nouvelle France, mais davantage au Canada.

La présence de la Nouvelle-France est certes attestée dans ces trois dictionnaires, mais c’est le terme Canada qui s’y retrouve le plus souvent.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, trois dictionnaires sont parus :

1- Le Dictionnaire comique, satyrique, critique, burlesque, libre et proverbial de Philibert Joseph Leroux (1718)
La Nouvelle-France n’y est attestée que pour parler du peuple iroquois.

2- Le Grand Dictionnaire géographique historique et critique d’Auguste Bruzen de la Martinière.
L’article Amérique témoigne que le Nouveau Monde fait maintenant partie des découvertes recensées. Très détaillé, cet article distingue « ce que l’Amérique septentrionale contient, ce que les Terres arctiques contiennent, ce que la Nouvelle-France contient et ce que le Canada comprend » (p. 172).

3- Le Dictionnaire universel françois et latin (ou Dictionnaire de Trévoux) (1732)
En plus des descriptions, ce dictionnaire offre la traduction latine de certaines réalités de la Nouvelle-France. On retrouve dans les articles les références nouvelle France, Amérique, Canada, Québec et Mont-Réal y fait son apparition.

Ce n’est qu’au XVIIIe siècle qu’est accordée une plus grande place à la Nouvelle-France et c’est dans les pages de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1751-1772). C’est la grande entrée de la Nouvelle-France dans les ouvrages de référence. On y retrouve 90 occurrences pour la Nouvelle-France, 190 occurrences pour le Canada et 9 occurrences pour le Québec. Par contre, même si la Nouvelle-France est maintenant une entité politique définie, les Français s’intéressent davantage aux Canadiens (les « sauvages » du Canada) qu’aux Français du Canada.

Répartition des références à la Nouvelle-France et au Canada


Les thèmes principaux faisant référence à la Nouvelle-France se regroupent en 13 rubriques : la géographie, les noms de peuples et peuplades, les « sauvages », la nature, le climat, la religion, les traditions, les animaux, les plantes, les produits alimentaires, les produits médicaux, le commerce et les transports. L’Encyclopédie est davantage consultée pour connaître les différents usages des mots plutôt que pour connaître la bonne description de l’usage de la langue française. La Nouvelle-France intéressait les Français d’abord pour des questions géographiques et ethnologiques.

Diction(n)aire critique de la langue française de l’abbé Féraud (1787)

Si le mot France est absent de ce dictionnaire, il en est de même pour nouvelle France et Nouvelle-France. Féraud, qui est un critique de la langue, s’attarde aux prépositions qui précèdent le mot Canada (en, de, du).

Dictionnaire de la conversation, à l’usage des dames et des jeunes personnes, complément nécessaire de toute bonne éducation et Dictionnaire de la conversation et de la lecture de W. Duckett (1841)

Ces dictionnaires font état, pour la première fois, de la perte de la Nouvelle-France pour le compte des Anglais. Les Français regrettent le peu d’attention qu’ils ont accordé à leurs cousins de la Nouvelle-France.

Résumé de lecture 1

Claude Poirier « Entre dépendance et affirmation : le parcours historique des lexicographes québécois », Les dictionnaires de la langue française au Québec, 2008, p. 13-60.

L’intention de l’auteur, Claude Poirier, est de démontrer qu’une distance linguistique s’est créée entre les Français et les Canadiens-français dès que les premiers colons arrivèrent en sol nord-américain. Pour bien comprendre ces changements dans les relations linguistiques entre le Canada et la France, l’auteur, dans un premier temps, propose un historique linguistique permettant de saisir l’évolution de notre identité collective et de notre perception de la langue et, dans un deuxième temps, fait l’historique de la lexicographie québécoise.

Historique linguistique – Six grandes périodes

1- Période précoloniale (avant 1608)
Les explorateurs ne se soucient pas de la norme linguistique.

2- Période de la Nouvelle-France (1608-1759)
Une couleur canadienne se dessine sur le plan linguistique. Déjà, il existe deux manières de parler : la française et la canadienne. Les Canadiens possèdent leur propre identité.

3- Période d’émergence et de consolidation du français canadien (1760-1840)
Ce n’est plus l’élite de France qui contrôle la langue parlée des Canadiens-français. La pensée et le parler canadiens s’implantent, aidés par le Régime anglais qui permet une plus grande liberté. La Révolution française amplifie ce phénomène. Le statut de la langue inquiète davantage que son usage.

4- Période de la dévalorisation de l’usage canadien (1841-1959)
C’est la fin du français comme langue officielle au Parlement et le début d’une querelle linguistique sur l’admissibilité du français canadien. Deux personnalités s’affrontent : Maguire qui défend le français de France et l’abbé Jérôme Demers qui soutient le français canadien. Michel Bibaud est celui qui fera l’équilibre entre les deux. Il énonce quelques arguments : la légitimité des néologismes pour désigner les réalités nouvelles, la légitimité des mots et prononciations en usage au Canada, l’exclusion des mots risquant d’être incompris par les Canadiens-français et l’inutilité de changer des parties de la langue dans le seul but d’être conforme à l’usage parisien. Le purisme n’est donc pas encore implanté au Canada.

5- À partir de 1860
Trois idées s’imposent dans le fait que le Canada français serait tributaire de la France aux plans linguistique et culturel : « la glorification du Régime français, le Canada-français doit être considéré comme une province de France et l’usage de France est l’idéal à atteindre » (p. 26). La résultante est que les Canadiens vivent un sentiment d’infériorité linguistique par rapport aux Français. Ils résisteront tout de même en tentant d’imposer les canadianismes dans la littérature et dans les médias.

6- Reconstruction de l’estime de soi (depuis 1960)
Cette époque reflète l’affirmation de l’identité des Canadiens-français. Il y a un rapprochement entre les Canadiens et les Français, mais aussi une séparation dans la littérature et les arts en général. Le français canadien parlé devient l’usage tant dans l’élite que dans les médias. Cette libération linguistique permet au Québec de s’épanouir en mettant fin au sentiment d’infériorité. Les auteurs en viennent même à utiliser le joual littéraire, qui représente l’usage québécois le plus populaire. Avec la Révolution tranquille, le Canadien-français devient le Québécois.


Historique de la lexicographie

Dans la seconde partie du texte de Claude Poirier, celui-ci soutient que les lexicographes québécois ont été influencés par l’élite et que cette influence varie selon le rapport entretenu entre les Canadiens/Québécois et les Français.

Les premiers balbutiements de la lexicographie au Canada ont été faits par les missionnaires qui, en contact avec les Amérindiens, ont créé des lexiques bilingues.

Dans les années 1740, Pierre-Philippe Potier, jésuite belge, dans le but de faire un recueil, liste des mots entendus par ses confrères ou par des Canadiens. Il ne voulait pas corriger la langue. Sous le Régime français, il y avait une ouverture face aux dictionnaires de l’usage local. L’usage canadien n’était pas contesté, il s’imposait.

Entre 1760 et 1840, l’arrivée des Anglais menace la survie de la langue française : c’est l’apparition des anglicismes. Jacques Viger produit la Néologie canadienne. Sans être puriste, il alliait plutôt, selon Claude Poirier, description et évaluation. À cette époque, les Canadiens se questionnent sur leur langue et l’usage de Paris ne les influence guère.

Maguire, en 1841, critique sévèrement le français canadien dans son Manuel. En 1855, Jean-Philippe Boucher-Belleville est beaucoup moins puriste et davantage neutre. Il suggère néanmoins l’utilisation des mots de France. En 1860, Jules-Fabien Gingras amorce véritablement la vague puriste avec son Recueil des expressions vicieuses et des anglicismes les plus fréquents. Suite à l’échec des Patriotes, les Canadiens veulent un retour vers la France, car ils souhaitent revaloriser leur culture et leur langue. Les ouvrages de l’époque se concentrent sur différents aspects de la langue (terminologie, langue populaire) et ne sont pas tous de même qualité. Par contre, ils s’accordent sur l’idée que la langue de la France doit être la référence.

En 1894, Sylva Clapin rédige Le dictionnaire canadien-français, glossaire qui fait le point sur la civilisation canadienne-française telle qu’elle s’exprime à travers le langage. En 1896, Raoul Rinfret crée le Dictionnaire de nos fautes contre la langue française, ouvrage correctif qui omet les termes populaires. Selon Rinfret, les usagers de la langue populaire ne sont pas intéressés par la correction du langage.

De 1893 à 1903, Louis Fréchette rédige une chronique de langue. La norme est toujours celle de la France, mais l’usage canadien-français n’est pas proscrit. En 1902, Adjutor Rivard fonde la Société du parler français au Canada. Il désire combiner correction et description de la langue. À sa suite, Benjamin Sulte et Napoléon Legendre tentent de dissocier le français canadien du français de France.

Au début du XXe siècle, le Glossaire du parler français au Canada focalise sur la description, grâce au nouveau courant qui incite l’usage du français canadien. En 1913, Clapin modifie sa pensée et tente l’épuration de la langue. Adjutor Rivard, en 1906, projette la réalisation d’un dictionnaire français à l’usage des Canadiens. Il sera réalisé par Louis-Alexandre Bélisle dans les années 1950, c’est le Dictionnaire général de la langue française au Canada. Cet ouvrage permet de se dissocier de plus en plus de la norme de Paris. Par contre, les canadianismes sont considérés comme étant populaires ou familiers. L’édition de 1957 propose un ouvrage hybride (description et prescription).

À l’époque de la Révolution tranquille, la distance entre les Canadiens-français (devenus Québécois) et les Français s’accroît dans le domaine des arts. La lexicographie prend donc de l’indépendance (on assiste, par exemple, à la féminisation des termes). Gérard Dagenais, en 1967, produit Le dictionnaire des difficultés de la langue française au Canada. Cet ouvrage, le dernier en son genre, est très rigide et normatif.

En 1980, le Dictionnaire de la langue québécoise de Léandre Bergeron offrait une place prépondérante à la langue orale. Cet ouvrage édictait aux lexicographes de tenir compte des besoins locaux. En 1985, l’équipe du Trésor de la langue française publie le Dictionnaire du français québécois, ouvrage qui encourage les explications historiques du lexique dans un véritable dictionnaire de l’usage. En 1986, paraissent les guides linguistiques de Jean Darbelnet, le Dictionnaire des particularités de l’usage et en 1988 celui de Marie-Éva de Villers le Multidictionnaire. En 1988, le Dictionnaire du français Plus a comme référence le français québécois. Le Dictionnaire québécois d’aujourd’hui de 1992 suit cette voie également. Ces deux derniers ont été retirés du marché.

Dans son Dictionnaire québécois-français, Lionel Meney relève les québécismes sans en préciser les registres, ce qui fait qu’ils sont considérés comme fautifs. La langue de référence est le français de France.

Selon Claude Poirier, la réalisation d’un dictionnaire québécois est un défi. Pierre Martel et Hélène Cajolet-Laganière de l’Université de Sherbrooke y travaillent. La question que Poirier se pose est : « jusqu’à quel point un dictionnaire général destiné au public québécois peut-il se permettre d’être québécois? » (p. 49). Toujours selon l’auteur, si les Québécois veulent une lexicographie comparable à celle des grandes nations, ils devront changer leur façon de faire. Les lexicographes devront incorporer dans leurs ouvrages des québécismes de tous les jours, de divers registres et non seulement des propositions terminologiques, à l’instar du Trésor de la langue française, qui a comme mandat « l’étude, dans le cadre d’un dictionnaire historique, de la formation du lexique et de la conscience collective à travers l’examen d’énoncés représentatifs de diverses époques et contrôlés sur les textes originaux » (p. 51). Enfin, Poirier précise que notre lexicographie n’atteindra jamais ses objectifs tant que nous ne connaîtrons pas l’origine de chacun de nos mots et que nous ne connaîtrons pas notre histoire linguistique.